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    Je voudrais oublier le temps
    Pour un soupir, pour un instant
    Une parenthèse après la course
    Et partir où mon cœur me pousse.
    Je voudrais retrouver mes traces
    Où est ma vie, où est ma place
    Et garder l’or de mon passé
    Au chaud dans mon jardin secret.

     

    Je voudrais passer l’océan
    Croiser le vol d’un goéland
    Penser à tout ce que j’ai vu
    Ou bien aller vers l’inconnu.
    Je voudrais décrocher la lune
    Je voudrais même sauver la terre
    Mais avant tout, je voudrais parler à mon père,
    Parler à mon père.

     

    Je voudrais choisir un bateau
    Pas le plus grand ni le plus beau
    Je le remplirais des images
    Et des parfums de mes voyages.
    Je voudrais freiner pour m’asseoir
    Trouver au creux de ma mémoire
    Les voix de ceux qui m’ont appris
    Qu’il n’y a pas de rêve interdit.

     

    Je voudrais trouver les couleurs
    Du tableau que j’ai dans le cœur
    De ce décor aux lignes pures
    Où je vous vois, qui me rassure.
    Je voudrais décrocher la lune
    Je voudrais même sauver la terre
    Mais avant tout, je voudrais parler à mon père,
    Parler à mon père.

     

    Je voudrais oublier le temps
    Pour un soupir, pour un instant
    Une parenthèse après la course
    Et partir où mon cœur me pousse.
    Je voudrais retrouver mes traces
    Où est ma vie, où est ma place
    Et garder l’or de mon passé
    Au chaud dans mon jardin secret.
    Je voudrais partir avec toi
    Je voudrais rêver avec toi
    Toujours chercher l’inaccessible,
    Toujours espérer l’impossible.

     

    Je voudrais décrocher la lune
    Et pourquoi pas sauver la terre
    Mais avant tout, je voudrais parler à mon père,
    Parler à mon père
    Je voudrais parler à mon père
    Parler à mon père.

     

     

     

                                                                                 Cher Papa,

     

    voilà 8 ans aujourd'hui que tu es parti vivre de l'autre côté. A l'époque, nous ne pouvions pas, ou plus, nous parler. Chaque fois que j'entendais cette chanson (comme par un fait exprès, elle passait partout où j'allais), je versais des litres de larmes. En la réécoutant aujourd'hui, je pleure toujours, mais plus pour les mêmes raisons. Je pleure parce que je réalise que chacun des souhaits qu'elle exprime, je l'ai accompli. Je pleure de gratitude pour ce que la vie m'a permis d'apprendre à travers ta mort. Ne pas perdre de temps. Ne pas oublier mes rêves. Ne pas me décourager. "Partir où mon coeur me pousse", même quand ça semble complètement impossible. Tout ce à quoi tu m'as entraînée de ton vivant ici, avec une rigueur et une exigence quasi martiales. Tu m'as donné un véritable entraînement de ninja ! Grâce à elles, grâce à toi, j'ai pu relever tellement de défis.

     

    C'est étrange qu'il nous ait fallu attendre ton départ pour réussir à nous parler vraiment.  Avec ces mots et cette délicatesse que, dans le monde d'ici, tu te refusais à avoir. Ou que, peut-être, personne ne t'avait appris... Tu t'es mené la vie dure et tu nous l'as menée aussi. Comme il aurait été dommage de rester sur cette fausse image de qui tu étais vraiment, derrière le masque...

     

    Aujourd'hui, je pense à ceux qui, comme moi à l'époque, pleurent un proche en se disant qu'ils sont passés à côté de leur relation avec lui. Qu'il est parti sans qu'ils puissent se dire les choses importantes, avec les mots ou les gestes du coeur. Je pense à ceux qui n'ont, comme moi, pas pu être aux côtés de l'être cher qui part, dans ses derniers instants. A ceux qui se désolent que tout soit perdu, que le final soit un échec.

     

    J'aimerais leur dire, avec toi, qu'en réalité, rien n'est perdu, car rien ne s'arrête. La mort n'emporte rien, elle ouvre une porte que chacun d'entre nous est libre de franchir, ou non, afin d'aller s'entretenir avec ses proches, poursuivre (ou reprendre, comme dans notre cas), le dialogue avec eux. La vie avec eux.

     

    Ce n'est pas une question de croyance religieuse en un au-delà, un Paradis ou je ne sais quoi. Je dirais plutôt une "décroyance", une déprogrammation de tout ce que nous pensons connaître de la vie, de la mort... et si ça ne s'arrêtait pas ? Et si ce n'étaient pas deux dimensions séparées ? Et s'il était possible de rester en lien, exactement comme avec une personne qui s'en va vivre à l'étranger et reste en contact avec nous, par-delà les frontières ?Pouvons-nous aller jusque-là ?

     

    Le téléphone, le passeport universel existent, pour "l'au-delà" aussi. Ils sont dans notre coeur. Chacun de nous peut les utiliser, même s'il n'y croit pas. Ce qui n'a pu être apaisé, dénoué dans cette vie, peut l'être après. Même bien plus facilement, sans la cuirasse de l'ego. Il n'y a pas de culpabilité, de remords à avoir. La vie continue. Autrement. On peut toujours s'engueuler, même, si ça nous manque. On se réconcilie juste plus vite !

     

    Ce qui n'a pas été dit de ce côté du monde peut l'être de l'autre. On peut parler aux "absents", ils nous entendent et nous répondent. Pas avec leurs voix de vivants, bien sûr. Mais d'une façon que nous reconnaîtrons, parce que leur réponse s'accompagnera d'une émotion particulière, au moment où elle nous touchera. On sait, c'est tout. La raison  se rebiffe, rechigne, contredit. Mais au fond de soi, malgré tout son barouf, on sait. On sent.

     

    Merci, Papa, de m'avoir appris par ta maladie, puis par ta mort, qu'il est d'autres façons de communiquer, même à distance, que la parole. Merci de m'avoir appris que le réseau de l'amour n'a ni limites, ni frontières, et couvre tout ce qui existe, dans le visible comme dans l'invisible. Merci de m'avoir permis d'expérimenter que, de partout, à n'importe quel moment, quel que soit mon état émotionnel, je peux "parler à mon père"... et à tous les autres.

     

    Comme le réseau est perfectionné, je finis d'écrire ce texte, commencé le jour anniversaire de ta mort, à 11h04 : 11 avril, ta date de naissance.


     


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